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Hello,
2025 a été une année charnière pour l’IA, marquée par des avancées fulgurantes et une rivalité technologique de plus en plus ouverte entre grandes puissances.
On vous propose un bilan de cette année, et un aperçu de ce qui nous attend en 2026.
Théo & Nathanaël


Focus : Toujours plus vite, toujours plus fort

L’IA est passée à la vitesse supérieure, entre investissements colossaux, percée chinoise et progrès techniques majeurs.
À suivre :
Le plan des Etats-Unis.
La riposte chinoise.
Les avancées technologiques.
Perspectives pour 2026.

Les 500 milliards des États-Unis
L’année 2025 a vu l’IA s’installer au cœur d’une nouvelle guerre froide technologique entre les États-Unis et la Chine.
Washington et Pékin ont redoublé d’efforts pour asseoir leur domination, quitte à bousculer les règles en place.
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier s’est traduit par un changement radical de cap dans la politique de l’IA américaine.
Finis les garde-fous de l’ère Biden : dès son deuxième jour au pouvoir, Trump a annulé l’ordre exécutif de son prédécesseur.
À la place, il a adopté une philosophie sans complexe, « Build Baby Build! ».
Son administration a dévoilé un vaste plan d’action pour asseoir la domination américaine en misant sur la dérégulation, l’innovation et des investissements massifs.
Cette stratégie s’est incarnée dans un projet pharaonique : Stargate.
Annoncé dès janvier, il s’agit d’un partenariat public-privé hors normes réunissant OpenAI (créateur de ChatGPT), le géant japonais SoftBank, Oracle, et d’autres investisseurs.
Le plan vise à investir 500 milliards de dollars sur quatre ans pour bâtir la plus vaste infrastructure d’IA au monde.
20 centres de données ultra-modernes à travers les États-Unis (chacun couvrant près de 50 000 m²).
Le premier centre de données sort déjà de terre au Texas.
À terme, le projet promet de créer plus de 100 000 emplois qualifiés.
Nous devons produire des quantités massives d’électricité pour ces centres, et mon administration facilitera cela.
Stargate a immédiatement été perçu comme une réponse à la fois ambitieuse et risquée.
Ambitieuse, car en concentrant leurs ressources, les États-Unis espèrent prendre une avance décisive vers l’IA générale (AGI).
Risquée, car cette hyper-centralisation du pouvoir de l’IA inquiète jusque dans le camp Trump.
Elon Musk, pourtant proche du nouveau président à l’époque, a fustigé ce qu’il considère comme un oligopole de l’IA autour d’OpenAI.
Il craint qu’en l’absence de régulation, une poignée d’entreprises ne monopolisent l’avenir de la technologie pour servir leurs propres intérêts.
Les tensions entre Musk et Sam Altman se sont ravivées, révélant la fracture au sein même des champions américains sur la conduite à tenir.
D’un côté, l’optimisme débridé de Trump et Altman misant sur l’innovation à tout prix.
De l’autre, Musk et d’autres appelant à la prudence et à un cadre éthique pour éviter des dérives potentielles de l’IA.
La riposte chinoise
La Chine a choisi une autre voie pour combler son retard : l’ingéniosité frugale.
Fin 2024, les premiers chatbots chinois avaient déçu par rapport à ChatGPT, laissant penser que Pékin resterait à la traîne plusieurs années.
Mais en 2025, DeepSeek a renversé la situation.
La start-up de Hangzhou, soutenue discrètement par des capitaux locaux, a dévoilé une nouvelle génération de modèles qui a stupéfié la communauté tech mondiale.
DeepSeek a conquis des millions d’utilisateurs en quelques semaines, devenant l’application d’IA la plus téléchargée aux États-Unis devant ChatGPT lui-même.
Son service est proposé gratuitement en open-source, avec une efficacité 20 à 50 fois supérieure en coût par requête par rapport à OpenAI.
Sauf que cette ascension éclair a eu l’effet d’un électrochoc.
Les investisseurs commencent à se demander si les dizaines de milliards injectés par Microsoft, Google ou Meta étaient bien utilisés.
Les actions de Nvidia ont flanché en apprenant qu’un rival avait fait presque aussi bien avec beaucoup moins.
Pour Pékin, DeepSeek est une aubaine autant qu’un défi.
Washington pourrait resserrer encore l’accès aux technologies de pointe.
En 2025, les États-Unis avaient déjà interdit l’exportation des puces les plus avancées vers la Chine.
La course à l’IA entre les deux superpuissances est donc plus ouverte que jamais.
Des avancées pour transformer nos vies
Au-delà de la rivalité géopolitique, les laboratoires de recherche et entreprises du monde entier ont rivalisé de créativité pour repousser les limites.
Dans la vie quotidienne et professionnelle, on assiste à la naissance des agents IA.
OpenAI a ouvert la voie avec ChatGPT qui peut agir sur demande dans le temps (grâce aux Tasks, puis à Agent et Pulse).
Tous les autres ont suivi, avec des fonctionnalités de mémoire et de contexte toujours plus poussées, ainsi que de nouvelles fonctionnalités en pagaille.
Mais fin 2025, c’est Google qui est sorti du lot.
D’abord, avec Gemini 3, Veo 3 et Imagen, des modèles multimodaux de pointe.
Et aussi en intégrant ses modèles Gemini dans la recherche.
Ils ne sont pas les seuls : toutes les grandes entreprises ont sorti leur moteur de recherche dopé à l’IA.
C’est ce qui a transformé notre usage d’Internet en 2025
On est passé du moteur de recherche au moteur de réponse.
L’IA s’intègre dans nos routines, prête à nous soulager des petites tâches répétitives, à organiser nos agendas, voire à prendre des initiatives en notre nom.
2025 a également montré que l’IA pouvait accélérer la recherche scientifique et l’innovation industrielle.
Exemple : l’initiative de Microsoft dans la recherche de nouveaux matériaux, avec MatterGen et MatterSim.
Deux modèles capables de générer des matériaux aux propriétés sur mesure et de simuler leur comportement dans des conditions extrêmes.
Là où un laboratoire mettait des mois à tester différentes formules, l’IA propose en quelques heures une composition innovante.
Un gain de temps colossal pour des domaines comme l’énergie ou la médecine.
De son côté, DeepMind a continué sur sa lancée dans la biologie computationnelle.
Après AlphaFold qui a cartographié des millions de protéines, AlphaProteo est venu révolutionner la conception de nouveaux traitements contre le cancer.
Pour soutenir ces modèles toujours plus gourmands en calcul, NVIDIA a frappé fort au Consumer Electronics Show 2025 en présentant Project Digits.
Un super-ordinateur de la taille d’un livre capable de délivrer un pétaflop par seconde.
Ce monstre de poche exécute en 1 seconde ce qu’un humain ferait en 31 millions d’années de calculs manuels.
Une telle puissance, transportable partout, vise à démocratiser l’entraînement de modèles IA pointus sans passer par le cloud.
Parallèlement, NVIDIA a dévoilé Cosmos, un simulateur de monde virtuel ultra-réaliste conçu pour entraîner des robots et véhicules autonomes sans risque.
Le but ?
Générer des milliards de scénarios (pluie torrentielle, piétons imprévisibles, etc.) dans un univers numérique fidèle à la physique du monde réel pour entraîner les modèles.
Des entreprises comme Uber ou Waabi l’utilisent déjà pour peaufiner leurs algorithmes de conduite autonome dans des situations impossibles à reproduire facilement en vrai.
Cet outil pourrait accélérer l’arrivée des robots dans notre quotidien.
L’ère de la robotique est très proche.
Voitures sans chauffeur, drones livreurs, robots humanoïdes d’assistance…
2025 nous en a donné un avant-goût concret.
Et pour 2026 ?
L’année à venir verra sans doute les premières conséquences tangibles de toutes ces innovations.
Pour le meilleur et pour le pire.
Parce que 2025 a aussi été l’année où l’on a vu les limites de sûreté de certains modèles être atteintes.
Des scénarios où l’IA optimise bêtement un objectif et contourne l’intention humaine.
L’alignement reste imparfait, contournable, et il suffit d’un mauvais cadrage pour obtenir un comportement nuisible.
Des usages grand public ont exposé le risque social brut : des chatbots de Meta capables d’échanges inadaptés avec des mineurs.
S’ajoute à cela la banalisation des trucages politiques.
Les deepfakes deviennent des armes de confusion massive, faciles à produire, difficiles à arrêter, et coûteuses à démentir.
Alors peut-être que le mot d’ordre en 2026 sera la sécurité.
Sur le plan géopolitique, l’affrontement USA-Chine autour de l’IA va s’intensifier.
Washington voudra montrer des résultats rapides.
On peut s’attendre à l’inauguration de plusieurs centres de calcul géants et à des annonces de progrès vers un système d’IA générale made in USA.
De son côté, Pékin ne restera pas les bras croisés.
DeepSeek prévoit déjà de nouvelles versions de ses modèles encore plus puissants et dotés de fonctions agentiques avancées.
Les deux superpuissances vont accentuer la course aux talents et aux ressources.
Et l’Europe dans tout ça ?
Pour le Vieux Continent, 2026 sera l’année de la mise en application du régime réglementaire IA (AI Act) adopté en 2024.
Dès février 2025, l’UE a commencé à appliquer l’interdiction des IA à « risque inacceptable » (comme la surveillance biométrique de masse).
Cette approche prudente vise à protéger les citoyens.
Mais elle freine aussi l’innovation européenne face aux géants américains et chinois.
L’équilibre entre liberté d’entreprendre et régulation sera donc un thème central.
Enfin, 2026 pourrait voir se redessiner le paysage des acteurs de l’IA.
La compétition effrénée a mis à mal les plus petits : des entreprises comme Anthropic ont frôlé la faillite en 2025, cherchant désespérément des fonds pour suivre le rythme.
Il ne serait pas surprenant de voir des rapprochements ou des acquisitions majeures dans le secteur.
Qui de Google, Apple, Meta ou Amazon dégainera une innovation pour rattraper son retard ?
Verra-t-on émerger un troisième pôle dans ce duel USA-Chine ?
Une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce passionnante.
Et nous serons ravis de la vivre encore une fois avec vous.

PS : Cette newsletter a été écrite à 100% par un humain. Ok, peut-être 80%.

