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Hello,

Vous avez forcément vu passer ce chiffre : une question à ChatGPT consommerait une bouteille d'eau.

Et vous avez peut-être vu passer l'autre, publié par Google : une requête, cinq gouttes.

Deux camps, deux chiffres. On va donner raison à chacun, puis vous montrer pourquoi ils se trompent tous les deux de question.

Théo & Nathanaël

En 2022, un journal de l'Oregon a attaqué une ville en justice.

Le Oregonian voulait savoir combien d'eau buvait le centre de données de Google à The Dalles, une commune de 16 000 habitants posée sur le fleuve Columbia. La ville refusait de le dire.

L'affaire s'est réglée par un accord, et les documents sont sortis.

Google y consomme environ 2 millions de mètres cubes d'eau par an. Près de 40 % de toute l'eau consommée par la commune.

Alors, l'IA boit-elle trop d'eau ? Pour répondre honnêtement, il faut passer par trois étapes, dans l'ordre.

À suivre :

  • Oui, l'IA boit beaucoup d'eau

  • Non, votre requête ne coûte que quelques gouttes

  • Le vrai problème, c'est l'endroit

Oui, l'IA boit beaucoup d'eau

Vous connaissez la sensation d'un ordinateur portable qui chauffe quand vous ouvrez trop d'onglets.

Imaginez maintenant cent mille puces de calcul entassées dans un bâtiment, qui tournent jour et nuit. Il faut évacuer cette chaleur, et le moyen le plus économe en électricité, c'est l'eau.

Une partie de cette eau fait un simple aller-retour : on la prend dans une rivière ou dans le réseau, et elle repart plus chaude. C'est un prélèvement.

L'autre partie s'évapore dans les tours de refroidissement, et elle ne revient pas. C'est une consommation, et c'est elle qui compte.

Or ces volumes grossissent vite. La consommation d'eau de Google a progressé de 28 % entre 2023 et 2024, pour atteindre 30 milliards de litres. Environ 12 000 piscines olympiques, en une seule année.

Et cette eau n'est pas prise n'importe où. Microsoft estime que 46 % de ses prélèvements ont lieu dans des régions déjà en stress hydrique, là où l'eau manque.

La tendance avait été chiffrée dès 2023 par quatre chercheurs américains, dans une étude qui a lancé le débat.

Leur projection : en 2027, l'IA pourrait prélever entre 4,2 et 6,6 milliards de mètres cubes d'eau dans le monde. Soit 4 à 6 fois ce que prélève le Danemark en une année.

L'eau a en plus une particularité que le carbone n'a pas : elle ne se compense pas. Une entreprise qui vide une nappe en Arizona ne la remplit pas en plantant une forêt en Norvège.

Les volumes sont réels, ils augmentent, et une eau évaporée dans une région sèche est perdue pour cette région.

Non, votre requête ne coûte que quelques gouttes

Si l'IA boit autant, votre question à ChatGPT doit peser lourd. C'est toute l'idée de la fameuse bouteille d'eau.

Sauf que ce chiffre vient de la même étude de 2023, et qu'il a été déformé en chemin.

Les chercheurs écrivaient qu'un modèle consomme l'équivalent d'une bouteille de 500 millilitres pour dix à cinquante réponses. Pas pour une.

Une première reprise a gardé la bouteille et oublié le diviseur. Une deuxième l'a arrondie à un litre. Personne n'a menti, et pourtant le chiffre est devenu vingt à cent fois trop gros.

Depuis, les deux laboratoires concernés ont publié leurs propres mesures.

Google a mesuré une requête médiane à Gemini, sur son infrastructure réelle : 0,26 millilitre d'eau. Environ cinq gouttes.

Le patron d'OpenAI annonce 0,32 millilitre pour une requête moyenne à ChatGPT. Son chiffre n'a pas été vérifié par des chercheurs extérieurs, mais deux concurrents qui se disputent le marché tombent sur le même ordre de grandeur.

À l'échelle d'un pays, le constat est le même. En France, les centres de données prélèvent 0,02 % de l'eau douce utilisée par l'agriculture.

Même en Arizona, l'État le plus sec des États-Unis, les centres de données consomment moins de 0,1 % de l'eau disponible.

Les golfs de la seule région de Phoenix en boivent environ 35 fois plus, si l'on ne compte que l'eau utilisée sur place.

Ramenée à votre usage ou à l'échelle d'un pays, l'eau de l'IA ne pèse presque rien.

Le vrai problème, c'est l'endroit

Alors, qui a raison ? Les deux camps, parce qu'ils ne mesurent pas la même chose.

L'Arcep, le régulateur français des télécoms, en donne la meilleure preuve. Dans la même enquête, pour la même année 2024, elle publie deux chiffres pour les centres de données français.

Le premier : 575 000 mètres cubes d'eau prélevés. Le second : près de 6,5 millions de mètres cubes au total.

Les deux chiffres sont exacts. Sauf que le second ajoute l'eau qu'il a fallu pour produire leur électricité, qui vient surtout du nucléaire en France.

Voilà la règle qui démêle tout le débat : un chiffre sur l'eau de l'IA ne veut rien dire tant qu'on ne sait pas ce qu'il compte.

Mais même avec le bon périmètre, une moyenne nationale cache l'essentiel. L'eau ne se prend pas à l'échelle d'un pays, elle se prend à une adresse.

Sauf qu'à l'échelle d'une adresse, le rapport s'inverse.

Un golf de Phoenix consomme environ 620 000 mètres cubes par an. Le campus que Meta construit à Mesa, dans la même agglomération, en prévoit 1,7 million.

Presque trois golfs, pris au même endroit et dans la même nappe.

C'est aussi ce que montrait The Dalles. Quarante pour cent de l'eau d'une commune, ce n'est pas 0,02 % de quoi que ce soit.

Deux détails aggravent encore la situation locale. Beaucoup de sites puisent l'eau potable du réseau, celle de votre robinet. Et ils en ont le plus besoin quand il fait chaud, c'est-à-dire pendant les restrictions d'eau.

Reste une dernière question : qui connaît ces chiffres locaux ? Souvent, personne.

En 2025, le comté de Fayette, en Géorgie, demandait à ses habitants d'arrêter d'arroser leur pelouse. Certains se plaignaient d'une pression d'eau anormalement basse.

En cherchant la cause, le comté a découvert qu'un campus de centres de données avait consommé environ 110 000 mètres cubes, soit 44 piscines olympiques, avec deux compteurs jamais reliés à la facturation.

Il n'y a pas eu de fraude. Le comté a reconnu que ces compteurs étaient restés hors du système lors d'un changement d'équipement, et l'exploitant assure que cette eau servait au chantier.

Le problème n'est donc pas un tricheur. C'est un comté qui a perdu de vue, pendant des mois, ce que consommait son plus gros client.

Deux histoires, un même point commun : à chaque fois, il a fallu qu'un tiers aille chercher le chiffre. Un journal dans l'Oregon, un habitant en Géorgie dont la douche coulait mal.

Le problème de l'eau de l'IA n'est ni mondial ni individuel. Il est local, et il reste invisible tant que personne ne publie les chiffres site par site.

Ce qu'il faut retenir

Le chiffre de la bouteille était exagéré. Celui des cinq gouttes est exact, mais il répond à une question qui n'est pas la bonne.

La bonne question n'est pas de savoir combien boit l'IA. Elle est de savoir où elle boit, à quelle saison, et si l'entreprise qui exploite le site publie ses chiffres.

Google le fait déjà, pour 36 villes. Elle ne s'y est mise qu'après le procès de l'Oregon.

La transparence existe donc. Il a simplement fallu un procès pour l'obtenir.

Est-ce qu'une suite de cette newsletter sur l'électricité de l'IA vous intéresse ?

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PS : Cette newsletter a été écrite à 100% par un humain. Ok, peut-être 80%.

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